5 févr. 2017

J'avais douze ans...

J'avais douze ans... - Nathalie Schweighoffer


Année de sortie: 1990
Collection: France Loisir (Piment)
Genre: Témoignage
Nombre de pages: 293
Résumé: Nathalie avait douze ans quand son père l'a violée pour la première fois. En ce temps-là, confie-t-elle dans ce livre bouleversant, j'étais toute fière quand on me disait que j'étais déjà une petite femme. Je ne savais pas ce que ça voulait dire être une petite femme en miniature, une poupée que son père installait tranquillement dans la nuit sur la machine à laver pour la violer.

Pendant cinq ans, la peur, la résignation, la culpabilité l'empêchent de parler. Et puis, à dix-huit ans, avec un courage et une détermination admirables, elle décide de briser le silence : elle porte plainte contre son père et accepte de témoigner à l'émission de François de Closets, Médiations.

Mon avis:

Je voulais lire ce livre depuis bien longtemps. Lorsque j'ai vu qu'un membre de ma famille l'avait, eh bien, j'ai enfin pu le lire !

L'auteur raconte son enfance, ce qu'elle a vécu de ses douze ans jusqu'à ses dix-huit ans. Au départ, c'est une enfant pleine de rêve de d'imagination. Elle est fière de son père, et elle est heureuse qu'on lui dise qu'elle ressemble à une "petite femme". Jusqu'au jour où l'homme qui aurait dû la protéger abuse d'elle, lorsqu'une nuit, il la viole sur la machine à laver.
Cela se reproduira de nombreuses fois, pendant beaucoup trop d'années, jusqu'à ce, à dix huit ans, elle décide de dire stop, et porte plainte contre son père.

Ce livre est bouleversant. L'auteur va droit au but. Toutes les fois où elle s'adresse directement à nous, lecteurs, elle nous fait ressentir sa colère, la rage qu'elle a éprouvé quand personne ne voulait l'aider, quand personne ne se rendait compte de ce qu'elle vivait. Ce livre est une véritable claque qu'elle nous adresse, elle nous secoue. Elle ne cherche pas à avoir une belle plume, elle dénonce, avec un langage cru et des phrases qui choquent. Elle s'adresse au lecteur en lui confiant ses souffrances, ses hontes, ses questionnements. Elle s'adresse au lecteur sans pudeur. Elle écrit pour briser les tabous, briser le silence.

Certains passages sont vraiment durs. Les descriptions sont intenses, les viols y sont décrits avec détails. Tout est fait pour nous révolter, nous dégouter. La honte, la souffrance, la peur de Nathalie sont perceptibles. Ce témoignage m'a semblé quasiment irréel, c'est à se demander comment un père peut faire cela à sa propre fille ! Il la drogue, la fait fumer, la viole quotidiennement, et va jusqu'à aménager un coin dans le grenier avec murs insonorisés pour pouvoir la violer à son aise, même s'il y a des personnes à la maison.
Le pire dans un viol, c'est que la victime a honte. Elle a honte de ce qu'elle vit, honte de ce qui lui arrive, et elle culpabilise. De toute façon, même dans la societé actuelle, si une fille se fait violer, ce sera toujours un peu de "sa faute". Peut-être n'était-elle pas assez habillée, assez cachée? Ou alors elle avait bu? Oui, donc c'est forcément de sa faute, le coupable, au final, n'y est pour rien. Ce genre de raisonnement m'énerve toujours, car, pour moi, personne ne mérite de vivre ça. Qui peut vouloir se faire violer?

Nathalie a fait preuve d'un grand courage pour sortir de sa culpabilité, pour sortir de son silence. Que son père paie pour ses actes n'a pas été chose aisée, étant donné que personne ne la prenait au sérieux. Mais l'auteur n'a pas baissé les bras, et sa rage de vivre et son courage est incroyable. Il en faut du courage pour sortir du silence.

Je recommande ce livre, mais comme je le dis à chaque chronique de témoignages, si vous êtes sensibles ou trop jeune, ne le lisez pas. Les mots, certaines scènes restent en tête. Mais ce livre doit être lu. Il ne faut pas fermer les yeux face à ce genre de choses.

Extrait


« On peut se tutoyer maintenant, toi qui me lis. T’as fait un effort, tu me plais, t’as choisi de bouquiner le dur, pas la facilité. Tu t’es bougé le cul, enfin, alors je t’aime bien. Parce que t’es quelqu’un de bien, puisque tu t’intéresses un peu à moi. Si tout le monde faisait comme toi, yaurait plus d’enfants battus, salis, violés.
Je rêve d’un monde sans sadiques. Aide-moi. Chaque fois que tu verras un enfant, regarde-le bien, aime-le. Aide-le s’il te tend une main peureuse, donne-lui de l’amour comme on donne du pain. Sauve-le de sa misère morale, comme de la famine. Fais-le, tu peux le faire, puisque tu ne ressembles pas à ce salaud. »

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